Plaidoyer contre la grossophobie dans les milieux de travail

Qu’elle se présente par des remarques désobligeantes, par une hostilité manifeste, voire par l’absence d’outils de travail adaptés, la grossophobie existe bel et bien dans les milieux de travail.

 Le récent exemple de cette infirmière à qui on a refusé un emploi en raison de son poids en fait foi.

 « Il y a beaucoup de présomptions qui viennent avec un corps gros, déplore l’autrice, blogueuse, consultante et conférencière, Édith Bernier. Tu te fais juger avant même que tu fasses quoi que ce soit. Tu te fais caser dès que tu apparais. »

Celle qui a publié en 2020 le livre Grosse, et puis ? Connaître et combattre la grossophobie, en plus d’avoir lancé le site informatif Grossophobie.ca, sait de quoi elle parle. Édith Bernier s’appuie sur ses propres expériences, mais aussi sur des études internationales pour avancer que la discrimination et la stigmatisation des personnes grosses touchent aussi le milieu du travail. Elle donne l’exemple de la chaise de travail trop étroite ou du cubicule trop petit.

 « Si on fait faire des chandails pour une activité de teambuilding, il n’y en a jamais à ma taille », souligne Édith Bernier, qui suggère d’utiliser plutôt des casquettes ou des brassards.

 Phénomène mondial

La grossophobie peut entraîner des conséquences encore plus dramatiques sur la carrière des personnes grosses, qui peuvent éprouver davantage de difficulté que les autres à dénicher un emploi. En France, notamment, les femmes grosses confient être victimes de discrimination dans les processus d’embauche huit fois plus souvent que celles qui ont un indice de masse corporel dit « normal », d’après le Baromètre du défenseur des droits et de l’Organisation internationale du travail sur la perception des discriminations dans l’emploi publié en 2016.

Qui plus est, les personnes grosses sont plus susceptibles de gagner des salaires moins élevés, d’être stigmatisées par les collègues et d’être écartées des promotions, d’après l’ouvrage Eating Disorder ans Obesity, dont la rédaction a été dirigée par le professeur de l’Université Duke, Kelly D. Brownell et le professeur de l’Université Columbia, B. Timothy Walsh.

Des solutions

Édith Bernier observe que la grossophobie est « rarement volontaire ou même consciente ». Ce constat ne l’empêche pas de vouloir combattre les préjugés. En 2019, avec l’appui de la porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, elle a présenté une pétition sur le site de l’Assemblée nationale afin que l’article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne ajoute l’apparence physique dans les motifs de discrimination.

« En ce moment, un patron pourrait te renvoyer en disant que tu es gros ou que tu es laid et tu n’aurais pas de recours en vertu de la Charte », dénonce-t-elle.

En attendant un changement législatif, la blogueuse propose que les entreprises prennent en compte la grossophobie dans leur politique contre le harcèlement en milieu de travail ou même dans leur code de vie. De la sensibilisation pourrait aussi être effectuée, selon elle, pour déboulonner le mythe voulant que « si tu es gros, tu n’es pas en santé et c’est de ta faute ».

« Tu ne choisis pas d’être petite. Tu ne choisis pas d’être Noir. Et tu ne choisis pas d’être gros », insiste Édith Bernier.

 

Marie-Ève Shaffer

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