Peut-on encore faire carrière dans les ressources humaines ?


Oui, sans aucun doute… enfin ! J’y crois encore…

Dans mon dernier article, j’énumérais les clés du succès de patrons et de gestionnaires et donc d’organisations. Je citais l’importance accordée aux relations humaines, à la motivation et à la dynamique émotionnelle dans la performance des entreprises. Or qui d’autres, que les personnes formées aux ressources humaines, sont les mieux placés pour gérer des hommes et des femmes ? Qui d’autres peuvent, mieux qu’elles, comprendre, agir pour mettre en place les éléments du succès et du bien-être ? Les professionnels des ressources humaines vont être les ressources de la réussite dans les mois et les années à venir, car mieux que quiconque, ils connaissent les potentiels humains.

Imaginer une entreprise sans individu est une utopie. Croire que les êtres humains sont des numéros, des clones interchangeables est d’un bêtise sans pareil. Traiter les personnes comme des esclaves, les considérer comme des produits avec une date de péremption et les jeter comme des malpropres relève, à mon sens, du génocide économique. À l’heure où nous devons créer, évoluer, nous adapter, ne faut-il pas avoir une connaissance des fonctionnements humains pour conduire ces actions ? En clair, si l’on veut disposer des meilleures chances de succès, il est grand temps d’utiliser les professionnels des ressources humaines dans les meilleures conditions possibles. Comment ? Tout simplement en décloisonnant la fonction ressources humaines pour la faire passer d’une fonction verticale à une fonction horizontale.

Je m’explique : les meilleurs employés qui exercent leurs talents dans les ressources humaines devraient, à mon avis, s’intégrer dans des projets technologiques, administratifs et commerciaux. Ils sont les mieux placés pour devenir des coachs d’équipes, des gestionnaires, des sources de mobilisation et de motivation. Utopie impensable, me disent les « petits chefs », car ils prétendent qu’il faut savoir avant de faire. Il faut connaître l’informatique pour gérer un projet informatique, il faut connaître la vente pour gérer des vendeurs, il faut savoir pour faire… Si dans une certaine mesure cela est vrai… bien que, de mon point de vue, jusqu’à un certain niveau car nous savons tous que le savoir est accessible en libre service même sur Internet.

Et alors ? Faut-il savoir comment fonctionne une voiture pour conduire ? Faut-il savoir faire la cuisine pour se nourrir ? Faut-il savoir coudre pour s’habiller et connaître la fiscalité pour payer ses impôts ? Poussons le raisonnement un peu plus loin… faut-il avoir été médecin ou bien malade pour être ministre de la santé ? Faut-il avoir été industriel, client ou employé en usine pour être ministre de l’industrie ? Je pousse la caricature un peu loin certes mais nous en reparlerons…La vérité est plus simple, convenons-en. Contentons-nous de regarder les hommes et les femmes, les projets, les métiers, les objectifs et essayons de mettre le tout en cohérence dans un souci de dynamique, de créativité, de convictions et de compétences.

Regardons les faits ? Par exemple, combien d’employés en ressources humaines ont-ils été impliqués dans des projets technologiques du type E.R.P, recherche et développement de produits ou campagne commerciale de capture de marché…. Aucun, me disent certains, très peu me disent d’autres… Les conséquences de ces « oublis » ? Des millions de dollars perdus par manque de cohérence, par erreur dans le choix des responsables de ces projets, par mauvaise communication, par jeux de pouvoir stupides et par oubli des notions de dynamique de groupe et de respect des individus. Imaginons seulement que les organisations déploient leurs experts RH de façon transversale, que ces experts soient des conseillers, des coachs, des leaders dont le métier soit déconnecté du pouvoir mais centré sur le résultat humain et économique…Les entreprises n’auraient-elles pas meilleure allure ? Pour comprendre la valeur de ce rôle essentiel des personnes formées aux ressources humaines, revenons- en aux facteurs de base.

Les individus moteurs et transformateurs des organisations. Pour vivre, évoluer, sentir, aimer, produire, construire, les êtres humains disposent d’un cerveau doté de fonctionnements extraordinaires. Une étude sur la performance et la créativité que j’ai menée avec des neurologues et des psychologues pour une grande entreprise de cosmétiques, en 1997, m’a permis de dresser la carte des fonctionnements « neuro-économiques » des personnes.

Cette carte métaphorique ne représente qu’une très modeste partie des richesses socio-économiques dont les êtres humains sont dotées. Nous l’avons dressée pour qu’elle soit accessible à tout le monde et pour que chacun puisse comprendre toutes ses potentialités et celles des autres. Dans le dessin ci-dessus, chaque fonctionnalité exprimée est une zone spécifique du cerveau, il en contient des centaines d’autres. Vu sous cet angle, savoir, imaginaire, confiance, matérialité, entre autres, interpellent une ou plusieurs autres fonctionnalités. Les différents centres du cerveau échangent, déclenchent, animent un fantastique réseau de possibilités, cette activité est exponentielle. Pour que cette alchimie s’accomplisse, les hommes et les femmes ont besoin d’être nourris au niveau cérébral. Pas seulement de steak frites, de poutine ou pizza, mais d’émotions, de projets, de respect, de reconnaissance, d’un salaire et de normes… Le rôle d’un expert en RH est ici capital. Deux dessins complémentaires viennent illustrer ces propos au sujet des nourritures cérébrales. Le premier présente les nourritures cérébrales que, volontairement ou non, consciemment ou non, nous recevons 24 heures sur 24, de gré ou de force.

Si beaucoup d’entres nous sommes d’accord avec cette illustration des nourritures cérébrales que nous recevons en permanence, il nous faut également accepter que le cerveau, le nôtre et celui des autres, est également sollicité en permanence pour… Ô miracle de la vie humaine, transformer le temps en richesses. D’une façon générale il lui est donc demandé de produire des richesses que l’on peut exprimer de la sorte. Le dessin suivant a pour but, en comparaison avec le premier, de bien comprendre l’exercice de style, l’effort psychologique et neurologique que nous avons à produire.

Si maintenant, après avoir regardé ces deux schémas, vous pensez toujours que les employés se contentent d’un chèque, d’un bureau plus ou moins agréable, d’une chaise inconfortable et d’un café amer… alors j’ai bien peur que votre cœur soit de pierre, votre esprit froid, et vos résultats économiques bien médiocres… Si vous ne comprenez pas que l’être humain doit recevoir des nourritures cérébrales saines pour fournir créativité, l’adaptabilité et performance, imaginez-vous en train de manger des victuailles avariées…. Seriez-vous en pleine forme le lendemain ? L’être humain est une matière vivante aux capacités quasi-illimitées. Ce sont nos croyances, notre savoir et notre pouvoir qui font illusion. Beaucoup sont ceux qui croient détenir la vérité et n’écoutent pas leurs employés. La fable de Jean de la Fontaine, le Corbeau et le Renard, est encore bien présente de nos jours… mais le fromage a changé de prix…! V

oilà, exemple à l’appui, preuves scientifiques en main, voilà pourquoi nous pouvons encore faire carrière dans les ressources humaines. Oyez donc, confrères des ressources humaines, la route est longue mais passionnante et plus nous serons nombreux à porter le message, plus nous changerons les paradigmes usés. Engagez-vous, engagez-vous, c’est le but fatal, groupons-nous et à demain… Je vous dis au mois prochain avec un bel exercice de style sur les quatre cercles de la réussite, ou comment dans le cadre de mes missions avec quelques patrons, nous avons identifié les quatre cercles de la performance et les comportements incontournables du succès individuel et collectif. Didier Reinach est Directeur Général d’interQualia, Conférencier et Conseiller en entreprises. Il intervient en développement de la performance, en stratégie et communication. Formateur il a créé de nombreux stages en communication, management et créativité. Il est le co-auteur du livre « Les fabuleuses Richesses Économiques du Cerveau » paru aux Éditions Emergence à Montréal-1997. (514)349-9685 reinach@reinach.com

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